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LA DÉMARCHE
PROSPECTIVE
Un bref guide méthodologique
Hugues de Jouvenel
LA
PROSPECTIVE, CONCEPTS DE BASE
Lavenir
domaine de liberté
Lavenir
domaine de pouvoir
Lavenir domaine de volonté
LA DÉMARCHE PROSPECTIVE
Les cinq étapes de
la démarche prospective
La
définition du problème et le choix de lhorizon
Le système, les sous-systèmes,
les variables clés
Recueil de données, définition
des hypothèses dévolution
Les instruments de simulation
Les choix stratégiques
La
prospective, concepts de base
Ni prophétie ni prévision concept théologique
réservé à la connaissance que seul Dieu aurait
de lavenir, disait Voltaire la prospective na
pas pour objet de pré-dire lavenir de nous
le dévoiler comme sil sagissait dune
chose déjà faite mais de nous aider à
le construire. Elle nous invite donc à le considérer
comme à faire, à bâtir, plutôt que comme
quelque chose qui serait déjà décidé
et dont il conviendrait seulement de percer le mystère.
Reconnaissons de ce point de vue quelle est le fruit dune
véritable révolution de la pensée puisque,
aux philosophies dantan reposant très largement sur
lidée dun système autorégulé
(ou régulé par Dieu), se perpétuant suivant
une logique qui lui était propre (cf. le thème de
la " bonne Nature ") et dont lhomme nétait
quun sujet, sest substituée une philosophie
au sein de laquelle (immense présomption pourraient dire
certains) lhomme devient un acteur principal, sinon le maître.
On pourrait longtemps disserter sur la question du déterminisme
et de la liberté, sans doute pour parvenir à la
conclusion que nous ne sommes ni totalement libres ni totalement
prédéterminés. Mais il est clair que la foi
jadis accordée à lautorégulation des
systèmes, lacquiescement des individus à un
destin tout tracé, a cédé progressivement
la place au culte de lhomme libre et responsable. Dautant
plus libre et responsable que son pouvoir na cessé
de croître notamment au travers des progrès
de la science et de la technologie pour le meilleur comme
pour le pire
Le fait est que la prospective repose sur trois postulats qui
en disent long sur la philosophie, au moins implicite, de la démarche.
Ces trois postulats se traduisent par les affirmations suivantes :
Lavenir
est domaine de liberté
Lavenir est domaine de pouvoir
Lavenir est domaine de volonté
Ceci est très
clair lorsque Gaston Berger nous invite à " considérer
lavenir non plus comme une chose déjà décidée
et qui, petit à petit, se découvrirait à
nous, mais comme une chose à faire ", et lorsque Bertrand
de Jouvenel écrit à son tour : " À
légard du passé, la volonté de lhomme
est vaine, sa liberté nulle, son pouvoir inexistant (
).
Le passé est le lieu des faits sur lesquels je ne puis
rien, il est aussi du même coup le lieu des faits connaissables
" (ce qui nexclut pas quil donne lieu à
plusieurs interprétations). Alors, au contraire, que " lavenir
est pour lhomme, en tant que sujet connaissant, domaine
dincertitude, et pour lhomme, en tant que sujet agissant,
domaine de liberté et de puissance ".
Lavenir domaine de liberté
Jobserve que lavenir nest pas déjà
fait, prédéterminé, quil est, au contraire,
ouvert à plusieurs futurs possibles : les futuribles.
Dire quil nest pas déjà fait, cest
affirmer demblée quil est, par essence, inconnaissable
et quil ne peut donc exister de " science du futur "
qui grâce à nos instruments modernes dinvestigation,
en substituant à la boule de cristal et au marc de café
de puissants systèmes experts nous permettrait de
pré-dire avec certitude ce que sera le futur.
Cette affirmation décevra les sujets connaissants que nous
sommes. Pire, elle signifie que, alors que les incertitudes saccroissent,
la prospective sera vaine comme réducteur dangoisse.
De tous temps, linquiétude des hommes, vis-à-vis
du futur à été grande. Sans doute lest-elle
plus encore aujourdhui tant le changement saccélère,
les ruptures se multiplient, limpression de chaos lemporte
sur celle dun ordre bien réglé, tant est vaste
léventail des futurs possibles (des meilleurs aux
pires) et létendue des incertitudes.
De tous temps, consciemment ou non, nous avons cherché
à réduire ces incertitudes :
doù la quête ancestrale dinvariants
aussi bien dans lordre de la nature que dans lordre
social ;
doù notre propension à chercher partout
des assurances, dans la parole dautrui et au travers délaboration
de lois et de contrats.
Nul ne conteste lexistence dinvariants dans lordre
naturel : ainsi du cycle des jours, des saisons, voire des
climats, même si force est de reconnaître, sagissant
par exemple des climats, que la recherche météorologique
sur longue période en est encore à ses balbutiements,
et que laction des hommes interfère de plus en plus
sur latmosphère, rompant peut-être ainsi le
rythme " naturel "
(cf. Le débat
sur leffet de serre, dailleurs fort bien prévu
par Svante Arrhenius dès 1910).
Recherche dinvariants aussi dans lordre social :
ainsi de la constitution de séries longues dévoilant
un mouvement continu, linéaire ou cyclique qui, toutefois,
même si les historiens en décèlent, ne se
perpétueront pas nécessairement toujours à
lidentique. Doù les limites (cf. infra) de
toutes les méthodes de prévision reposant sur lextrapolation
du passé.
Sans nier quil puisse exister de tels invariants, dont seule
lhistoire pourra attester la pérennité et
sur lesquels incontestablement les chercheurs ont encore beaucoup
à faire, jaffirme que lavenir des sociétés
humaines est loin dêtre intégralement régi
par de telles lois, quil demeure largement indéterminé
et ouvert.
Tant pis pour le sujet connaissant qui devra faire lapprentissage
de lincertitude, un apprentissage dautant plus difficile,
avouons-le, que nous avons été élevés
dans le culte de la vérité, du savoir beaucoup plus
que dans celui du risque et de la liberté !
Tant mieux pour le sujet agissant pour qui ces plages dindétermination
constitueront autant despaces de liberté, de marges
dautodétermination.
Nullement naïf au point de croire pour autant que tout est
possible, le prospectiviste devra ainsi identifier léventail
des futurs possibles. Et, comme celui-ci se déforme continuellement
des futuribles disparaissent alors que dautres émergent
, il faudra le faire non pas une fois pour toutes mais de
manière permanente.
Cela est évident, même lorsquil sagit
de phénomènes empreints dune grande inertie.
Ainsi, sil est incontestable que nous héritons dun
certain capital de ressources minérales et minières,
lentement constitué au fil dun processus millénaire,
il est non moins vrai que :
Les progrès rapides de la science et de la technologie
vont permettre la détection et lexploitation de gisements
hier ignorés ou inexploitables, voire faire apparaître
lutilité de matériaux jusqualors jugés
sans valeur.
Les fluctuations encore plus rapides des prix non
exclusivement commandées par les lois de loffre et
de la demande et des taux de change vont elles-mêmes
rendre plus ou moins attractives, dans des espaces de temps très
courts, des ressources qui, en absolu, nauront varié
ni en volume ni en qualité.Ainsi donc y compris
sagissant de phénomènes que lon croit
immuables convient-il dêtre sans cesse
vigilant vis-à-vis des changements possibles et, inversement,
dans les domaines où lon croit les changements rapides ;
de ne pas négliger les facteurs dinertie et ceux
qui, tout simplement, jouent un rôle frein : par exemple,
les changements socio-organisationnels et lacquisition des
nouveaux savoir-faire quimplique souvent ladoption
de nouvelles technologies.
Cette fonction de veille est sans nul doute à la base de
toute démarche prospective. Elle implique une analyse et
une évaluation permanentes à la fois des tendances
lourdes et de ces " idées et faits porteurs davenir "
que Pierre Massé qualifiait ainsi en raison de leur caractère
" infime par leurs dimensions présentes mais
immense par leurs conséquences virtuelles ".
Sans anticiper sur les développements ultérieurs
concernant la méthodologie, soulignons tout de suite combien
le regard que nous portons sur la réalité est souvent
faussé par :
Les outils dobservation qui sont les nôtres
ou, plus élémentairement encore, les sources dinformation
que nous utilisons.
Les instruments de mesure que nous employons, lexemple
le plus évident étant celui du produit national
brut (PNB) par tête qui tend, par exemple, à privilégier
ce qui est cher par rapport à ce qui nous est cher, et
parfois à surestimer laccessoire tandis quest
sous-estimé lessentiel.
Le poids des théories à partir desquelles
nous croyons pouvoir expliquer la réalité :
na-t-on pas continué à enseigner que latome
était insécable des années encore après
Hiroshima !
Linfluence des idéologies et, plus généralement,
des idées régnantes qui bien souvent occultent la
réalité elles sont parfois même largement
diffusées à cette fin (stratégie de détournement) :
ainsi en est-il de lexplication de la crise économique
par les chocs pétroliers et de la sortie de crise par les
nouvelles technologies, thèses hélas trop simples
pour être vraies.
Ces bévues largement induites par le refus de voir
des problèmes qui dérangent et par les limites,
voire les carences, de nos capacités danalyse
entraînent à leur tour ladoption de stratégies
bien souvent inadaptées, tout ceci étant largement
entretenu par les mythologies collectives que nous produisons
pour substituer à une réalité douloureuse,
voire conflictuelle, un consensus dapparence : ainsi
en va-t-il de lidée fort répandue que nous
sommes à laube dune nouvelle ère de
croissance (un " Kondratiev ascendant "),
qui, spontanément quoi que nous fassions
entraînera léradication du chômage, permettra
dallonger la durée dactivité professionnelle
sur lensemble de la durée de vie, et donc de résoudre
les défis liés au vieillissement démographique.
Lavenir domaine de pouvoir
" Quand il est urgent, cest déjà
trop tard " disait Talleyrand.
À mesure que le changement saccélère,
se multiplient sur le bureau des décideurs les dossiers
appelant décisions, de sorte que, de plus en plus, ceux-ci
dont traités dans lordre que dicte lurgence.
Hélas, les problèmes ne se trouvant ainsi inscrits
à lagenda que lorsquils sont devenus " brûlants ",
nos décideurs se trouvent la plupart du temps privés
de véritable liberté de mouvement.
Les dirigeants justifient ainsi bien souvent leurs décisions
en disant quils navaient pas le choix, quils
agissaient sous contrainte. La vérité pourtant est
toute différente : ils devraient dire quils
navaient plus le choix, ayant laissé dériver
la situation jusquà un point tel quils ne disposaient
plus daucune liberté pour infléchir le cours
des choses.
Tomber sous lempire de la nécessité est précisément
la conséquence de limprévoyance. Le moyen
quil nen soit pas ainsi est de prendre conscience
des situations en formation quand elles sont encore modelables,
avant quelles naient pris une forme impérieusement
contraignante. Autrement dit, sans activité prévisionnelle,
il ny a pas de liberté de décision, les décideurs
sont acculés à gérer les urgences, ne disposant
en loccurrence guère de liberté daction.
Reconnaissons cependant que si lanticipation simpose
pour éviter dêtre continuellement acculé
à ne gérer que les urgences, laccélération
du changement rend aussi la prévision plus nécessaire.
Doù la métaphore du phare de Gaston Berger : " Sur
une route bien connue, le conducteur dune charrette qui
se déplace au pas, la nuit, na besoin, pour éclairer
sa route, que dune mauvaise lanterne. Par contre, lautomobile
qui parcourt à vive allure une région inconnue doit
être munie de phares puissants. Rouler vite sans rien voir
serait proprement une folie. "
La rapidité du changement, son imprévisibilité
croissante ont suscité le développement de théories
telles que celles de la réactivité : à
défaut dy voir clair, soyons adaptables. Le concept
est séduisant mais ladaptabilité instantanée
est une illusion lorsquon a la charge dune organisation,
la responsabilité dune équipe dont le savoir-faire
ne peut être renouvelé en un instant, dont la mobilisation
implique un minimum de projets sinscrivant dans la durée.
Ajoutons que le temps long est le seul sur lequel peuvent réellement
être engagées les actions en profondeur impliquant,
par exemple, de nouvelles infrastructures, la formation des hommes,
le changement des mentalités et des comportements. Pratiquement,
à lhorizon de quelques mois, de trois ou cinq années,
les jeux sont presque faits, les marges de manuvre très
limitées.
Tout dépend maintenant de lambition que lon
sassigne, du rôle qui est le nôtre : toute
différente étant lattitude du pompier qui
réagit à lévénement et celle
du stratège qui entend le provoquer.
Michel Godet distingue trois attitudes face à lincertitude
et aux potentialités de lavenir : passive (subir
le changement), réactive (attendre le changement pour réagir)
et prospective dans le double sens de la pré-activité
et de la pro-activité. " La pré-activité,
écrit-il, cest se préparer à un changement
anticipé alors que la pro-activité, cest agir
pour provoquer un changement souhaitable. "
Dire que lavenir est domaine de pouvoir ne signifie pas
à lévidence que nous disposons dun pouvoir
absolu.
Il y a un problème densemble et de sous-ensembles
tenant à la coexistence sur une même scène
de différents acteurs qui exercent simultanément
différents pouvoirs, plus ou moins puissants, et plus ou
moins conflictuels. Cest toute la dialectique de lacteur
et du système si bien analysée par Michel Crozier,
et qui explique que toute réflexion prospective se doit
dintégrer, non seulement lensemble des facteurs,
mais aussi le jeu des acteurs.
Nous sommes tous dans la position du navigateur qui doit simultanément :
Sefforcer danticiper le vent, les récifs,
le mouvement des autres navigateurs qui croisent aux alentours :
là est la fonction danticipation sur son environnement
stratégique ; éventuellement parlera-t-on en
lespèce dinstruments de veille, danticipation
et de scénarios exploratoires.
Agir en tenant compte de toutes ses forces et faiblesses
pour, au minimum, éviter de chavirer, au mieux se
rendre au plus vite à bon port. Ce " bon port "
constitue le projet. Sa réalisation passera éventuellement
par un exercice de planification, voire de programmation, létablissement
dune stratégie et, donc, ladoption dinstruments
de pilotage.Lanticipation et laction entretiennent
une relation dialectique permanente. Cette dialectique repose
sur deux logiques différentes mais complémentaires
qui peuvent se résumer par deux questions : que peut-il
advenir ? Que puis-je faire ?
Bien entendu, les pouvoirs des acteurs sont inégaux ;
leur répartition et leur croissance font elles-mêmes
lobjet denjeux et de stratégies dalliances
et de conflits. Telle est la raison pour laquelle on fait souvent
référence en prospective à la théorie
des jeux, une complication extrême provenant toutefois en
la matière du fait que, à la différence par
exemple du jeu déchecs, léchiquier ici
est susceptible à tout moment de changer de forme, les
pièces de varier en nombre et en ordre de marche, les règles
elles-mêmes de changer
Lavenir domaine de volonté
" Il ny a de vent favorable que pour celui qui
sait où il va " disait Sénèque,
soulignant bien ainsi combien la veille prospective (et stratégique)
na de sens que pour celui qui est animé dune
intention, que lexercice même du pouvoir suppose lexistence
dune raison motrice, dun système didées
et de valeurs en vertu duquel nous sommes capables de définir
un objectif, de nous forger une vision dun futur souhaitable.
Ici intervient le concept de projet, expression dun vouloir
qui, pour être accompli, sinscrit nécessairement
dans la durée, une durée dautant plus longue
que sa mise en uvre implique une rupture avec lordre
existant, une mobilisation des moyens dont nous ne disposons pas
instantanément. Là intervient léquation
subtile entre le rêve et la raison, le premier générant
des " visions " que nous nous formons dun
avenir meilleur qui, passées au crible de la raison (daucuns
parleront détudes de faisabilité), deviendront
les véritables moteurs de laction.
Lintention est distincte de lopinion, qui est très
largement le fruit dune réaction, souvent fugace,
à lévénement. Doù le fait
quune des difficultés majeures en prospective est
bien de déceler quelles sont les motivations profondes
des acteurs au-delà de ce quils veulent bien nous
dire au travers de sondages (au demeurant très rarement
répétés à des intervalles suffisamment
réguliers).
Cette dimension essentiellement subjective inhérente aux
projets implicites ou explicites constitue un obstacle
de taille à toute analyse du futur qui se prétendrait
neutre ou scientifique.
En outre, intervient ici le problème de larbitrage
entre court, moyen et long terme qui ne saurait être dissocié
dune analyse portant sur lintensité du désir,
le pouvoir des idées, les critères de décision
et les procédures darbitrage.
Pour illustrer le débat, il suffira de mentionner que les
critères principaux de décision sont aujourdhui
principalement des critères favorisant le court terme au
détriment du long terme :
critères dordre économique impliquant
de maximiser les profits dans le cadre de lannuité
budgétaire de sorte, par exemple, quun forestier
aura tout intérêt à planter des résineux
plutôt que des feuillus (doù le vieux débat
sur le taux dactualisation
) ;
critères dordre politique se traduisant par
la question " Que pourrais-je faire dici à
la fin de mon mandat qui me confère un atout en faveur
de ma réélection ? "Point nest
ici le lieu où insister sur les effets pervers darbitrages
ainsi rendus qui sacrifient le long terme au court terme, au risque
que de telles décisions entraînent des effets négatifs
au second degré, infiniment plus importants que les bénéfices
immédiats.
À la dictature de léphémère
faut-il substituer celle du temps long ? Certainement pas.
Mais sortir de lesclavage du quotidien est indispensable
pour manager le changement dans le sens du souhaitable.
La démarche prospective
La prospective possède trois caractéristiques essentielles
qui, pour une large part, la différencient de la prévision.
Cest une démarche pluridisciplinaire, dinspiration
systémique. Partant du constat élémentaire
que les problèmes auxquels nous sommes confrontés
ne sauraient être réduits à une seule dimension
et correctement appréhendés lorsqu'on les découpe
en rondelles comme on nous a généralement enseigné
à le faire en disciplines académiques distinctes,
la prospective se propose dappréhender les réalités
au travers de lensemble de leurs aspects, de toutes leurs
variables, quelle que soit leur nature.
Empruntant très largement à lanalyse des systèmes,
elle nous invite à considérer les phénomènes
à partir dune étude de lensemble des
facteurs et de leurs inter-relations.
Cest une démarche qui intègre la dimension
du temps long, passé et à venir. Non parce que
les prospectivistes sont des obsédés du futur, mais
parce que :
Dans tout système, coexistent des variables empreintes
dune grande inertie (celles, par exemple, afférentes
aux écosystèmes et aux changements démographiques),
avec dautres dont les variations interviennent sur des échelles
de temps de plus en plus courtes (linnovation technologique,
les fluctuations des taux de change
).
Seule lanalyse sur longue période permet déliminer
les " effets de période " et dappréhender
la dynamique profonde des systèmes danalyser,
à labri de la tempête, les ressorts profonds
de lévolution.
Seul sur le moyen et le long terme récupère-t-on
suffisamment de liberté de manuvre pour engager de
réelles transformations.
Cest une démarche qui intègre les ruptures
et donc qui, au lieu de postuler la permanence du changement (demain
différera daujourdhui exactement comme aujourdhui
diffère dhier), sefforce de tenir compte des
phénomènes de discontinuité et de rupture,
subies ou voulues, résultant de facteurs aussi divers que :
les effets de seuil (par exemple, saturation dun
marché) ;
lirruption dinnovations de toutes natures et
dacteurs " briseurs dhabitudes " ;
la volonté humaine de modifier les règles
du jeu.
|
La
prévision
|
La
prospective
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Une approche sectorielle.
La primauté du quantifiable.
Le principe de continuité.
Leffet GIGO 1.
|
Une approche globale.
Mariant quantitatif et qualitatif.
Prenant en compte les ruptures.
Leffet CHAOS 2.
|
1. Garbage
In Garbage Out : les prévisions quelle
que soit la sophistication des modèles de simulation
ne valent jamais que ce que valent les hypothèses.
2. À force de dire que tout est dans tout et réciproquement
et de raisonner au conditionnel (si
, alors
), la
complexité du raisonnement risque de " noyer "
le décideur.
|
Fondamentalement, la démarche comprend
cinq étapes :
1. La définition du problème et le choix de lhorizon.
2. La construction du système et lidentification
des variables clés.
3. Le recueil de données et lélaboration des
hypothèses.
4. La construction, souvent en forme darborescence, des
futurs possibles.
5. Les choix stratégiques.
La définition du problème
et le choix de lhorizon
Affirmation élémentaire certes, mais que lexpérience
révèle utile de répéter : il
est indispensable dêtre aussi clair que précis
dans lénoncé du problème, et notamment
de sassurer que lintitulé de la question ne
prête pas à confusion, que le champ est bien délimité.
Sagissant de lhorizon, il est fréquent
de dire que le " bon " horizon dune
étude prospective est lhorizon des ruptures :
la formule relève de la tautologie, encore faudrait-il
alors mener dabord létude avant den pouvoir
préciser les termes. De surcroît, dans bien des cas,
il ny a pas une rupture soudaine clairement caractérisée,
mais plutôt une succession de microruptures engendrant finalement
une dynamique nouvelle.
De fait, lhorizon est choisi par approximation en fonction :
de linertie du système et de la nécessité
de pouvoir gommer les " effets de période ",
générateurs de turbulences nuisibles à lappréhension
correcte de la dynamique profonde du système ;
de léchéancier des décisions
à prendre, du pouvoir de décision et des moyens
daction (inutile délaborer une stratégie
si lon ne dispose pas des moyens de sa mise en uvre) ;
du degré de crispation et de motivation des acteurs
Aucune recette miracle donc, sinon un maximum de bon sens et de
pragmatisme dans le choix optimal à opérer.
Le système, les sous-systèmes,
les variables clés
La première étape consistera à identifier
les variables de toute nature, qui exercent ou sont susceptibles
dexercer une influence sur le problème étudié,
à charge détudier une liste desdites variables
appréhendées à un niveau de désagrégation
cohérent (ne pas mélanger des variables " fourre-tout "
avec dautres trop spécifiques), assorties chacune
dune définition aussi précise que possible.
Cette liste peut être établie par une personne seule.
Mais afin déviter lexcès de subjectivité,
elle sera plus souvent établie par un groupe de travail
pluridisciplinaire composé dacteurs et dexperts.
Son élaboration pourra donner lieu à des enquêtes
documentaires, des interviews dexperts, des consultations
diverses.
La seconde étape consiste à analyser les relations
entre les variables bien souvent en ayant recours à
une matrice dimpacts croisés au sein de laquelle
lesdites variables sont portées en lignes et en colonnes.
Le jeu est alors dexaminer si la variable A entraîne
les variables B, C, D, E
Sil existe entre elles un
lien de causalité direct, actuel ou potentiel, et quelle
est lintensité de cette relation à laquelle
on se contentera habituellement dattribuer un coefficient,
par exemple 1 pour faible, 2 pour moyen, 3 pour fort.
La qualité du diagnostic déterminera celle du résultat.
Donc il convient de ne pas confondre
une causalité directe : A --------------> B
avec une causalité inverse : A <---------------
B
ou indirecte : A --------------> C -------------->
B
Le remplissage dune telle matrice, à laide
dun groupe de travail et éventuellement dinterviews
dexperts, de recherches documentaires, voire détudes
spéciales, peut sembler lourd et fastidieux. Mais il a
deux utilités :
La première est de doter le groupe de travail dune
culture et dune approche communes vis-à-vis du problème
étudié.
La seconde tient aux résultats qui pourront être
tirés du traitement de cette matrice.
Le traitement peut être direct : il suffira de faire
laddition, en ligne et en colonne, des coefficients pour
en tirer pour chaque variable :
un indice de motricité, parfois appelé aussi
indice dinfluence (mesurant lintensité avec
laquelle cette variable agit sur le système) ;
un indice de dépendance (mesurant lintensité
avec laquelle cette variable est régie par le système).
Un second traitement pourra être réalisé consistant
à élever cette matrice à la puissance 2,
3, 4, 5 (lexpérience montre que, assez vite, on atteint
un niveau stable) afin de prendre en compte les interdépendances
au second, troisième, quatrième, cinquième
degré. On en tirera de nouveaux indices de motricité
et de dépendance qui, comparés aux premiers, feront
émerger le rôle des variables cachées.
Toutes les variables pourront ainsi être restituées
dans un graphe dit de motricité-dépendance (ou dinfluence
de dépendance), qui permettra rapidement de voir quelles
sont les variables les plus motrices du système étudié.
Une option entre-temps aura dû être prise, selon que
lon intègre ou non les acteurs dans la liste des
variables. Sils nont pas été intégrés,
on établira, au moins pour les variables les plus déterminantes,
un graphe sur lequel variable par variable, puis acteur
par acteur on examinera quel est le pouvoir (ou quel pourrait
être le pouvoir) de chaque acteur sur chaque variable, leurs
forces et faiblesses respectives, les jeux dalliances ou
de conflits qui pourraient sinstaurer entre eux.
À lissue de cette étape, on disposera dune
idée assez claire sur les variables clés et les
acteurs principaux qui déterminent lévolution
du système de sorte que lon pourra passer à
létape suivante.
La question à ce stade sera de savoir si lon va travailler
soit variable par variable, soit en les regroupant : le procédé
consiste alors à décomposer " le système "
en sous-systèmes (parfois appelés " domaines "
ou " composantes principales ") pour examiner
dabord lévolution possible de chaque sous-système
évolution caractérisée par les microscénarios
dont seront ensuite explorées les combinaisons possibles.
Je trouve fort utile cette segmentation en sous-systèmes
que nous avons expérimentée avec laide de
François Bourse dans létude que jai
pilotée en 1989 sur La Catalogne à lhorizon
2010, et que nous avons depuis mise en uvre dans un grand
nombre détudes portant sur des sujets aussi divers
que lavenir des retraites ou celui de lagriculture
et des espaces ruraux.
Il sagit de travailler sous-système par sous-système,
la dynamique de chacun dépendant de lévolution
de variables clés (y compris, évidemment, la stratégie
des acteurs) dont on cherchera à préciser les évolutions
possibles, dont le spectre sera caractérisé par
des hypothèses contrastées.
Ainsi, si un sous-système se trouve essentiellement régi
par quatre variables essentielles, va-t-on dabord explorer
les futuribles de chacune de ces variables, puis, dans un second
temps, examiner les combinaisons entre hypothèses qui permettront
détablir des scénarios par sous-systèmes
(ou microscénarios).
Graphique : Le
sous-système x
Par un procédé identique, lorsque nous disposons
de microscénarios pour chacun des sous-systèmes,
nous pouvons examiner leurs combinaisons possibles pour élaborer
des scénarios globaux.
Graphique : Des
microscénarios aux scénarios globaux
Recueil de données, définition
des hypothèses dévolution
Cette étape est, sans conteste, la plus lourde puisque,
pour chaque variable motrice, il conviendra de répondre
aux trois questions suivantes :
a. Quelle a été lévolution passée
de cette variable ?
b. Quelle est son évolution tendancielle (extrapolation
raisonnée) ?
c. Quelles sont les inflexions et ruptures éventuelles
qui pourraient venir contrecarrer lévolution tendancielle ?Or,
pour répondre correctement à ces trois questions,
cinq problèmes majeurs doivent être résolus.
1. Quels sont les indicateurs pertinents pour rendre compte
de lévolution de la variable en question : le
PNB par tête est-il un bon indicateur du niveau de vie des
habitants ? Le nombre dheures travaillées dans
la sphère marchande rend-il compte correctement du volume
du temps contraint, hors celui dévolu aux besoins physiologiques ?
Le nombre de licenciés dans une fédération
sportive rend-il compte correctement du nombre de pratiquants ?
2. Quelles sont les données dont on peut disposer,
tant qualitatives que quantitatives, quelle est leur fiabilité
et quelles sont les pondérations quil faut, le cas
échéant, faire intervenir ? Par exemple, le
taux de dispersion des revenus, lampleur du travail domestique
3. Quelles sont les séries temporelles passées
quil convient de retenir sachant que, dans une extrapolation,
tout dépend de la base de référence ?
Ainsi voit-on que le niveau de fécondité en France
en deux siècles a été marqué par des
périodes de hausse et de baisse qui, si on ny prenait
pas garde, pourraient donner lieu à des extrapolations
diamétralement opposées.
4. Quelles interprétations peut-on donner à
ces évolutions passées ? En dautres termes,
quelles sont les causes des effets observés ? Labsence
danalyse causale adéquate risque de conduire à
des extrapolations absurdes, la cause du phénomène
étant épuisée. Par exemple, les progrès
réalisés en matière despérance
de vie lont pendant longtemps été par la diminution
de la mortalité infantile (qui se traduisait par un surcroît
denfants), mais nous avons atteint maintenant un niveau
plancher au-delà duquel les progrès seront de plus
en plus limités. En revanche, un autre facteur a maintenant
pris le relais (le recul de lâge au décès)
qui se traduit par un effet opposé, un surcroît de
personnes très âgées
5. Les opinions. Méfions-nous de lidée
selon laquelle le passé serait le domaine des faits parfaitement
connaissables et lavenir celui exclusivement des opinions
complètement arbitraires. Lanalyse du passé
donne lieu à plusieurs interprétations et défie
encore souvent la connaissance.
Lavenir lui-même nest pas que lobjet de
spéculations gratuites. Néanmoins, il doit faire
lobjet dhypothèses qui, à défaut
de pouvoir être expérimentées, doivent être
étayées par des indices, des analyses
Tel
sera le cas en particulier des opinions énoncées
concernant les inflexions et les ruptures pouvant survenir par
rapport à une évolution tendancielle donnée,
le cas échéant assorties de probabilités
doccurrence attribuées auxdites inflexions et ruptures.
À lissue de cette étape, on disposera pour
chaque variable dune segmentation de lévolution
passée et dhypothèses dévolution
pour le futur.
Graphique
La seconde étape sera alors, comme nous lavons précédemment
montré, dexplorer, au sein de chaque sous-système,
quelles sont les combinaisons possibles entre hypothèses
pour construire des microscénarios.
Soulignons quun système caractérisé
par seulement trois variables assorties de quatre hypothèses
permettrait lélaboration de plusieurs dizaines de
scénarios même si, en vertu du principe de cohérence,
certaines combinaisons sont demblée exclues. La simulation
devient donc très rapidement compliquée, doù
lusage doutils tels que les modèles économétriques
et les scénarios.
Les instruments de simulation
Il existe deux grandes familles de méthodes de simulation :
celle des modèles et celle des scénarios.
Les modèles sont des systèmes déquations
au travers desquels on entend représenter comment interagissent
entre elles les variables dun sous-système que lon
a isolé de son contexte, système déquations
dont on va se servir pour effectuer des simulations sur lavenir.
Ce système est bâti sur lobservation du passé.
Il suppose donc que la représentation que lon sest
faite du passé est correcte, mais surtout que :
Le sous-système que lon a ainsi isolé
sa morphologie et sa physiologie demeure à
lavenir inchangé et notamment, par exemple, quil
ny ait pas deffet de seuil au-delà duquel les
" règles du jeu " internes au système
soient modifiées.
Le fonctionnement du sous-système ne vienne pas
à être remis en cause par lirruption dune
variable qui, hier, aurait été inexistante ou simplement
non identifiée.
Enfin et surtout à supposer acquises la pérennité
et lautonomie du sous-système , ce modèle
de simulation (en dépit de son apparence très scientifique
car rempli déquations) ne garantira ni lexactitude
ni la scientificité de la prévision. Les études
conserveront en effet le même statut, arbitraire et subjectif,
que les hypothèses dentrée.
Et lexpérience, hélas, montre que si les économistes
et les démographes, notamment, raffolent de tels modèles
de plus en plus sophistiqués, leurs hypothèses dentrée
sont souvent très frustes, arbitraires et faiblement argumentées.
À cette méthode qui appartient davantage aux économistes,
économètres, statisticiens et prévisionnistes,
fut longtemps opposée celle des scénarios davantage
développée et utilisée par les prospectivistes
à partir dun parti pris élémentaire :
mieux vaut une approximation grossière mais juste plutôt
quune prévision très fine mais erronée.
En dautres termes, mieux vaut " ratisser large "
et en dégager quelques macrotendances plutôt que
dutiliser des outils très sophistiqués sur
des segments de réalités qui produisent des prévisions
chiffrées très précises mais généralement
erronées.
Un scénario est constitué de trois éléments :
a. La base, qui nest rien dautre que la représentation
que lon se fait (à charge que celle-ci soit fidèle)
de la réalité actuelle appréhendée
en termes dynamiques.
b. Les cheminements qui sont construits en faisant progresser
le système sur léchelle du temps sachant que,
à mesure que lon avance ainsi, se posent des questions
face auxquelles on considérera plusieurs hypothèses,
à charge ensuite den " dérouler "
les conséquences (processus si
alors
). Ainsi,
on construit par déduction (en précisant à
chaque fois la conditionnalité) larborescence des
futurs possibles, descendants potentiels du présent.
c. Les images finales qui sont obtenues à différentes
périodes, et particulièrement à lhorizon
de létude, à lissue des cheminements
sus-évoqués.
Il faut insister sur le fait que lélaboration dimages
finales nest pas plus importante que les chemins y conduisant
et quil est essentiel, dans une telle démarche, de
préciser lordre de grandeur des phénomènes
et le moment de leur apparition ; en bref de les situer dans
le temps. Ainsi, toute différente sera la vision que nous
aurons de lavenir de lÉtat protecteur suivant
que lon estime que le chômage sera réduit lorsque
surviendront les problèmes liés au vieillissement
démographique (de sorte quil sera aisé dallonger
la durée dactivité professionnelle et donc
le nombre dannuités de cotisation) ou au contraire
que le chômage continuera à croître jusquen
2005 et que les individus continueront donc de partir en pré-retraite
de plus en plus tôt, la conjonction des deux phénomènes
(celui du sous-emploi et celui de la retraite) rendant presque
impossible, durant le premier quinquennat du siècle prochain,
le maintient du système actuel de protection sociale.
Il faut énergiquement dénoncer une pratique courante
qui consiste, en guise de scénario, à se contenter
délaborer une image (un instantané) à
une année donnée sans se préoccuper du cheminement.
Cette pratique conduit presque inéluctablement à
faire se télescoper artificiellement en 2010 ou 2020 des
évolutions sans tenir compte de leur temporalité
différente : ainsi confond-on des développements
prévisibles à cinq ans avec dautres guère
réalistes avant cinquante ans.
| Approximation d'accord,
mais évitons les formules du type "le vieillissement
démographique pèsera lourd sur les dépenses
publiques". Combien pèsera-t-il, à quel
horizon ? Évitons de la même manière la
formule "la croissance économique devrait être
de X % entre 2000 et l'an 2005" formule particulèrement
ambiguë puisqu'on peut en conclure qu'il est probable
qu'elle sera de X % (prospective exploratoire) aussi bien
qu'il conviendrait qu'elle soit de X % (normatif). Les deux
affirmations n'ont pas du tout le même sens. |
On le sent bien, le danger
dans la méthode des scénarios est de se perdre face
à la complexité des routes et, plutôt que
de déranger quelques grandes options et den illustrer
les conséquences, de brouiller les pistes en multipliant
par trop les scénarios. On est donc amené à
simplifier puisque lobjectif nest pas de noyer le
décideur mais de léclairer, simplifications
que certains effectuent en ayant recours à une probabilisation
des scénarios, dautres par un choix plus arbitraire
de quelques grandes configurations.
Les scénarios ici décrits sont des scénarios
exploratoires qui, comme leur nom lindique, sont destinés
à explorer le champ des possibles. Tout différents
sont les scénarios normatifs que lon peut également
qualifier de stratégiques qui, au lieu de partir du présent
pour aller vers lavenir, partent dun objectif que
lon sest fixé dans lavenir et, remontent
dans le temps, établissent le compte à rebours des
actions à entreprendre pour latteindre.
Soyons clairs, la démarche habituelle comporte les deux
approches : des scénarios exploratoires pour défricher
ce qui peut advenir, des scénarios stratégiques
pour explorer ce que lon peut faire. Et comme un minimum
de quantification malgré tout demeure utile, ne serait-ce
que pour vérifier le bien-fondé et la cohérence
de lexercice, on combine de plus en plus souvent lélaboration
des scénarios et la construction de modèles simplifiés
de simulation.
Graphique : Prospective-stratégie
Les
choix stratégiques
On ne saurait attendre de lexercice quil dicte scientifiquement
aux décideurs quelle option prendre. Sa vertu serait au
mieux déclairer la route, de déceler quelles
sont les tendances lourdes, les zones dincertitudes majeures,
les risques principaux de ruptures, les défis auxquels
on risque de se trouver exposé, les stratégies qui
pourraient être adoptées, leurs avantages et leurs
inconvénients respectifs.
Au décideur, pourrait-on dire, de prendre ensuite ses paris,
parfois en secret, parfois à lissue dun débat
public qui sera dautant plus riche que la démarche
prospective sera transparente et lexercice mené en
coopération avec les acteurs eux-mêmes. Mais en vérité
intervient ici le problème infiniment plus complexe du
processus décisionnel et du rôle quexerce dans
celui-ci la prospective. Cest à lévidence
lobjet dun autre papier.
Hugues de
Jouvenel
© Revue Futuribles
(n°247, novembre 1999)
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